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L’exposition de Claude Gagean présente des oeuvres sur plus de 50 années. Elle permet de comprendre que l’artiste ne développe pas une oeuvre linéaire. Elle dérive, reprend, se dissipe, grimace, change, et modifie ses référents en fonction des moments de la vie (on y croise Albers, les géométries historiques, puis Monet, Van Gogh, et enfin Dubuffet).

Claude Gagean nous met face à une oeuvre d’ampleur. Cela signifie qu’elle tente, sur plus d’une cinquantaine d’années, de saisir au plus loin (au plus près donc) ce que signifie la peinture, ce qu’elle apporte tant dans l’histoire que dans le moment contemporain, ce qu’elle nous fait ressentir. C’est donc autant une réflexion sur l’origine de la peinture que sur sa pertinence aujourd’hui, sur les modalités de ses faires, sur son devenir.

Le titre de l’exposition interroge aussi bien la multidirectionalité des oeuvres – leur ambiguïté, qui oscille entre sérieux et second degré, plaisir et rigueur, brutalité et raffinement, méthode et transgression de la méthode – que la question existentielle que se pose toute personne – le sens ou le non-sens de la vie, de la mort, d’une existence passée à peindre, d’une existence passée à peindre cette peinture-là.

L’oeuvre de Claude Gagean traverse des expériences qu’on pourrait envisager comme hétérogènes, mais il n’en est rien. Tous ceux qui ont écrit sur cette peinture ont noté des caractères convergents, une sorte de fil rouge qui rassemble la répétition, le géométrique, le semis, la matière, la texture, le sale, le décalé, l’autour de la couleur, le pour la couleur et surtout du différend (au sens lyotardien) pour la différence et le combat. D’une certaine manière on doit parler d’une harmonie des contraires et de contrastes revendiqués.

Plusieurs tributs sont à considérer vers Monet, Van Gogh, Dubuffet et bien sûr vers les premières avant-gardes géométriques. Mais ils sont caractérisés, à chaque fois, de manières diversifiées, pour des visées différentes et parfois contraires.

Crâne vert, 2002, peinture sur bois, 51x51cm

La géométrie pour affirmer la couleur, le lisse et le volume. Le volume pour affirmer l’espace et le minimal (less is more). La matière pour faire croire au paysage jamais représenté (toujours allusion), pour égratigner le lisse. Le collage pour saisir avec humour et grincement le vieillissement du corps et de la peinture, les matériaux disparates, les filles-fleurs (photographies découpées dans des magazines que le peintre transforme en fleurs), les crânes grimaçants ou riants. Les matériaux de la vie quotidienne qu’ils soient des restes de repas, des petits pains bonhommes secs, des fruits écrasés, des jus ou des restes artisanaux (tapis, serviettes), des boites de conserve écrasées, des cagettes, tout un ensemble hétérogène donc pour signifier l’éphémérité des choses et des corps. Tout est possible (tout est nécessaire) dans la seule condition d’augmenter la peinture, de la jouer contre tout ce qui l’enjolive ou ce qui la manifeste comme une réussite trop sérieuse. Tout est possible pour des accords de couleurs harmonieux et disharmonieux. Mais attention, ce n’est jamais n’importe quoi, ce n’est jamais dans l’expression arbitraire, inconsciente, insouciante.

Aurélien Lepage qui signe un des textes du catalogue (publié pour cette occasion) exprime le même sentiment :

Il faut dire que, par-delà son invraisemblable abondance, l’oeuvre de Claude Gagean ne forme pas un tout uniforme et bien défini qui permettrait d’emblée de reconnaître la patte de l’artiste, son style. Point de ces trucs de bourgeois endimanché ici ! Le style n’est qu’un truc, un leurre, une virtuosité rance, une signature qui enferme plus qu’elle ne définit. Or, Claude Gagean a choisi la liberté. Liberté de faire, de défaire, de (se) répéter, de (se) contredire, de (se) complaire ou de (se) contrarier. Bref, liberté d’emprunter tous les sentiers buissonniers de la peinture et de les parsemer de tableaux en guise de petits – et gros – cailloux.

L’oeuvre récente se révèle particulièrement prolixe en la matière. Depuis des années les tableaux se suivent en un charivari permanent, une cacophonie de formes et d’aspects qu’un regard superficiel – ou mal luné – n’hésiterait sans doute pas à qualifier d’incohérente.

L’atelier est le théâtre de nombreux chevauchements périlleux. Il y a les grands collages à base de crânes, de femmes fleurs ou de papiers peints ; il y a les peintures en forme de patchworks géométriques, les sous-verre, les petits formats à feuilles de figuier récoltées dans le jardin ; il y a les tableaux matiéristes mimant vaguement un paysage ; il y a les surfaces texturées de coquilles d’huître ou de moule ; il y a les petits carrés constitués de touches bleu et rouge pétillantes comme un bon champagne ; sans oublier les bizarreries inclassables, comme cette figure moustachue tracée à grands coups de feutre noir sur une vieille planche,

arborant un os à moelle collé en guise de naseau.

Tout cela s’élabore en même temps, selon le désir du moment pourrait-on dire, sans souci d’ordre, sans souci de suivre un chemin stable et bien tracé.

Grattoir éponge, 2003, 40x30cm

Figure sur bois, 2015, 20x30cm

Huîtres, 2016, 50x50cm

Verdure crâne rose, 2017-18, 120x80cm

Drapeaux, 2018, trois tableaux, 70x50cm

Liberté reste le maître mot pour une oeuvre et un artiste qui affirme l’expérience comme la nécessité de la peinture. Recommencer et recommencer. Inventer et réinventer. Décaler et jubiler.

L’exposition au Pôle culturel de Drusenheim est aussi l’occasion de saluer le geste de l’artiste qui va abonder le musée d’une dizaine d’oeuvres majeures. Cela doit préfigurer le devenir du musée, le comment il va s’inscrire dans une présentation d’artistes majeurs qui ont oeuvré en Alsace.

C’est encore l’occasion de souligner que la diversité des pratiques est un avantage pour comprendre les enjeux de l’époque.

Le commissariat de l’exposition est assuré par Aurélien Lepage et Germain Roesz.

À propos de Claude Gagean

Claude Gagean est né en 1936 à Marseille.

Il vit et travaille à Strasbourg. Il a été professeur des Universités de Strasbourg.

Entrée libre pendant les heures d’ouverture du Pôle Culturel

Lundi : fermé

Mardi : 14h – 19h

Mercredi : 10h – 12h et 14h – 19h

Jeudi : 14h – 18h

Vendredi : 14h – 19h Samedi : 9h30 – 12h30

Ouvertures exceptionnelles : Dimanche 3 mars de 16h à 19h et dimanche 17 mars de 14h à 17h

Vernissage le vendredi 1er mars à 18h30 à l’espace d’Art PASO.

Crédit photographique : Aurélien Lepage, Germain Roesz, Sylvie Villaume, Haleh Zahedi.


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